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Numéro d’urgence

Dans une communication récente, la FFA nous invite à placarder dans les aéroclubs le nouveau visuel faisant la promotion du méconnu numéro de téléphone d’urgence 191.

ARCCVous trouverez l’affiche en cliquant sur ce lien ou sur l’image ci-dessus.

Vous devez contacter le 191 si vous êtes victime ou témoin d’un accident. Ce numéro unique est géré par l’armée de l’air et permet de contacter un des centres de secours spécialisé (CSS) qui organisera la recherche (si nécessaire) et les opérations de sauvetage ainsi que l’information des autorités compétentes.

Vous pouvez également contacter le 191 afin de faire annuler les recherches en cas de déclenchement intempestif d’une balise de détresse. Les appels sont centralisés par l’ARCC (Aeronautical Rescue Coordination Center) de la base militaire de Lyon Mont Verdun.

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Le numéro n’est pas nouveau, mais il était méconnu jusqu’alors. Un équivalent existe pour les marins (le numéro 196).

Pour plus d’informations, je vous invite à consulter le site de l’ARCC de Lyon :
http://www.rcclyon.sitew.com/

Un bon pilote : étude de cas

Cette vidéo me rappelle celle des Inconnus, vous savez, le sketch des chasseurs. Quelle différence y a t’il entre un bon et un mauvais chasseur ? Bien des pilotes qui se posent la question de la définition du bon pilote, y répondent comme ces chasseurs de la galinette cendrée du Bouchonnois.

Je vous invite à regarder cette vidéo, faites vous votre opinion avant de lire l’analyse qui en suit, et qui n’engage que moi.

Qu’est ce qu’un bon pilote ?

Demandons à un panel de pilotes aux profils différents, quelles sont pour eux les qualités d’un bon pilote. On obtient en général des réponses du genre :

  • bon manœuvrier
  • bon navigateur
  • connaissant la réglementation sur le bout des doigts
  • connaissant parfaitement sa machine, les systèmes et les limitations de son avion
  • un pilote sachant piloter un grand nombre de types d’avions
  • un pilote ayant de nombreuses heures de vol,
  • etc, etc.

La question est difficile. Il est plus simple, à mon sens, de décrire un mauvais pilote (qui met les autres en danger en connaissance de cause, qui pilote son avion avec l’insouciance du jeune conducteur qui fait le con en voiture, etc.). Chacun de nous peut, un jour, être un mauvais pilote. Se convaincre du contraire, c’est déjà être un pilote calamiteux. Le bon pilote existe t’il donc ? Ma définition très personnelle du bon pilote, c’est donc celui que je connais et à qui le confierai mes enfants l’esprit tranquille. En visionnant une vidéo comme celle ci dessus, on est en droit de s’interroger sur le pilote, la première question qui peut vous venir à l’esprit est bien celle ci : « confierais-je mes proches à ce pilote ? Laisserais-je les gens que j’aime embarquer avec ce type ? ». Dans ce cas précis, personnellement, je réponds non.

Est il bon manœuvrier ou a t-il beaucoup de chance ? Difficile à savoir. Il est en tous cas particulièrement imprudent.

Qu’aurait il pu arriver ?

Je ne parviens pas à identifier le type exact de l’appareil. On voit toutefois qu’il s’agit d’un bimoteur à turbopropulseurs, destiné au largage de parachutistes.

Initiation de la descente

Les pilotes largueurs de parachutistes doivent composer avec deux paramètres malheureusement souvent incompatibles : la sécurité, et la rentabilité. Le largage para est une activité lucrative, et les pilotes en tiennent compte. Le temps passé en vol doit être le plus court possible, afin de maximiser le rapport Nombre de parachutistes largués / Nombre d’heures de vol. Cette logique mercantile est bien compréhensible, et justifie que les clubs de parachutisme fassent appel à des pilotes professionnels souvent expérimentés, qui ont fait de cette discipline leur spécialité.

La descente rapide n’est donc pas choquante en soit. En revanche, je trouve personnellement très critiquable la méthode utilisée pour amorcer la descente. En effet, le gars se lance dans un demi tonneau puis une mise en descente vertigineuse alors qu’il n’a quasiment aucune visibilité sur les parachutistes. Le risque de collision avec l’un d’entre eux est loin d’être négligeable.

Glissade

Après cette première acrobatie, la descente parait finalement moins spectaculaire que prévu. Le pilote limite l’assiette à piqué, pour des raisons que l’on ignore (limitation de la machine ? soucis d’éviter un traumatisme pour les oreilles ?). A certains moments, il me semble que l’avion descend en forte glissade. La mascotte suspendue au plafond ainsi que la position de la tête du pilote me font en effet penser à un fort dérapage.

L’avion semble avoir un fuselage qui permette de réaliser ce genre de descente glissée. Si la technique est maitrisée par son pilote (et c’est probablement le cas ici), les risques sont limités. Toutefois, le danger de la vidéo est de provoquer des désirs de mimétisme chez des pilotes qui n’ont pas appris cette technique. A « mon époque », les instructeurs formaient les élèves à la glissade. Ça ne fait malheureusement plus partie des programmes et si vous, lecteur et pilote peu expérimenté, souhaitez apprendre la technique de la glissade, parlez en à votre instructeur plutôt que de vous y essayer tout seul. Le risque de perte de contrôle est grand, c’est la mort assurée !

Approche basse

A l’issue de cette approche basse, l’avion se trouve en radada au dessus des arbres. Quels sont alors les dangers ?

  • Collision avec un oiseau
  • Collision avec un obstacle. On peut supposer que ce pilote connait l’environnement de l’aéroport, mais bien des accidents sont survenus dans des situations similaires. A basse hauteur, on voit moins bien les obstacles, et le temps disponible pour réagir est très court
  • Asymétrie des volets : c’est une panne possible sur certains avions, pas sur tous. Elle est déjà survenue dans mon entourage sur un Cessna 152 (pilote et élève s’en souviendront toute leur vie). Avec une arrivée rapide comme celle de la vidéo, on peut supposer que le pilote sort tardivement et brusquement les volets. A une si basse hauteur, un problème de symétrie aurait des conséquences catastrophiques.
  • Panne moteur : l’avion est bimoteur. Les pilotes de monomoteurs pensent souvent que deux moteurs, c’est la sécurité en toute situation. Et pourtant, à si basse hauteur, la panne d’un des moteurs pourrait être réellement problématique. Sur un bimoteur, la panne d’un moteur provoque évidemment une forte asymétrie. Celle ci peut conduire à une mise en virage involontaire, un effet piqueur causé par la diminution de vitesse. Si, en général, les pilotes professionnels savent parfaitement maintenir le contrôle de leur appareil sur une panne moteur, l’effet de surprise peut toujours conduire à une réaction tardive, et  à si basse hauteur, ça ne pardonne pas

Dernier virage

Notre preux chevalier du ciel a beau être apparemment à l’aise aux commandes de son autobus volant, il commet une erreur. Trop vite, trop bas, virage tardif, on le voit bien parti pour overshooter l’axe de piste. Qu’à cela ne tienne, il incline fortement son avion pour éviter de dépasser cet axe. Et il y parvient, il termine son virage parfaitement aligné avec sa piste. Oui, mais à quel prix ?

Les risques, en virage à forte inclinaison, sont bien connus de tous les pilotes : il y a la possibilité de partir en virage engagé, et puis évidemment le facteur de charge qui augmente la vitesse de décrochage. Vous n’êtes pas convaincu ? Un bon pilote, bon manœuvrier, expérimenté, est capable d’incliner son avion à basse hauteur sans finir au tas ? Permettez moi d’émettre un doute :

Pendant des années, cette vidéo a servi de modèle de ce qui ne faut pas faire. Le virage très incliné à basse hauteur tue.

D’ailleurs, un instructeur de l’armée américaine, grand spécialiste des facteurs humains, utilisait cette vidéo et la décortiquait avec ses élèves. Ce qui ne l’a pas empêcher de, lui aussi, se tuer à bord de son C17 dans des circonstances ABSOLUMENT IDENTIQUES :

Si des pilotes militaires expérimentés, parmi lesquels des instructeurs, se tuent avec leur équipage dans de telles circonstances, pensez vous vraiment qu’un sort similaire ne peut pas arriver au largueur de paras de la première vidéo ? Le meilleur moyen de ne pas subir le même sort, c’est de ne pas se placer dans cette situation. Trop bas, pas dans l’axe : remettez les gaz !

Pourquoi cette attitude ?

Les « bonnes » raisons

On peut lire sur Youtube quelques commentaires qui accréditent la thèse d’une trajectoire parfaitement calculée, pour des raisons de sécurité qui paraissent évidentes aux internautes. Selon eux, l’approche basse et le large dernier virage aurait eu pour objectif de s’éloigner des parachutistes. Ça se tient.

En outre, comme déjà mentionné plus haut, cette arrivée précipitée est sans aucun doute motivée par la rentabilité. Ce genre de vol est hyper fun à pratiquer, c’est pourquoi bien des pilotes largueurs de paras n’échangeraient jamais leur cockpit contre celui d’un Airbus. Mais si les pilotes profitent de ce côté fun, la première raison qui motive ces manœuvres spectaculaires reste la motivation économique. Ce n’est pas condamnable en soit et bien des pilotes savent conjuguer rentabilité, fun, et sécurité. Malheureusement, la rentabilité pousse parfois certains à une attitude moins safe, et égoïste vis à vis des autres usagers de l’aérodrome.

Les motifs plus contestables

Les pilotes sont classables entre deux catégories : ceux qui se disent fiers, et les menteurs. N’importe quel pilote, même le plus modeste, se trouvant dans la situation de notre largueur de parachutistes, voit son égo flatté par la réalisation de telles acrobaties.

Plus il y a de monde à impressionner, plus le risque de dérapage est grand. A la base, les manœuvres spectaculaires sont légitimes de la part d’un pilote largueur qui souhaite rentabiliser son activité. Si, en plus, une caméra est braquée sur vous, un passager caméraman vous accompagne, des témoins au sol regardent et vous filment également (une autre vidéo montre le même vol vu du sol), la tentation est grande d’aller un tout petit peu plus loin que d’habitude. Bien des pilotes ont fini au tas en voulant impressionner leurs amis.

En conclusion, gardez bien en tête que des bons pilotes, il y en a plein les cimetières.