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Vol par temps chaud

Les températures caniculaires que l’on subit actuellement méritent une attention particulière de la part des pilotes. Il y a peu de questions à l’examen théoriques à ce sujet.

Sachez que par temps chaud :

  • La distance nécessaire au décollage et à l’atterrissage augmentent
  • Le rendement du moteur diminue
  • Il existe un risque de désamorçage du circuit carburant : le Vapor Lock
  • Nos petits avions ou ULM sont souvent mal ventilés, non climatisés, il faut en tenir compte !!

La portance par temps chaud

Forces

Un énième rappel de la formule de la portance :

\vec{Fz} = \frac{1}{2} \rho S V^2 Cz

Avec \rho (prononcer « rho ») la masse volumique de l’air. Cette dernière varie en fonction de la température et de la pression atmosphérique. L’air chaud se dilate, donc pour un volume donné, son poids diminue. \rho diminue, donc la portance diminue.

Pour simplifier la vision des choses, l’air chaud est plus léger, beaucoup moins dense, il « ne porte pas ».  La distance nécessaire pour décoller augmente donc considérablement, et le taux de montée peut devenir très faible.

Je vous recommande vivement de revoir à la baisse votre masse maximum au décollage. Limitez votre masse, même si ça passe dans votre feuille de masse & centrage.

Le moteur

Puissance moteur

L’air qu’avale le moteur est chaud, moins dense, donc à volume égal il contient moins d’oxygène, ce comburant nécessaire à la combustion de l’essence. Votre mélange sera donc trop riche, et le moteur moins performant. Par conditions caniculaires, la puissance du moteur peut être 30% plus faible qu’en conditions standards.

Sur certains avions, uniquement avec les recommandations du manuel de vol, il peut être intéressant de mixturer avant décollage. Il s’agit, pieds sur freins, d’augmenter les gaz à fond, et diminuer doucement la mixture jusqu’à obtenir un régime moteur maximum. Ne pas jouer les apprentis sorciers, sauf indication contraire, il faut décoller plein riche !!!

CAVOK

Rendement d’hélice

Votre moteur suffoque et entraine une hélice qui elle même mouline dans la semoule. Je vous rappelle qu’une hélice n’est rien d’autre qu’une aile que l’on fait tourner (on parle de voilure tournante). Les facteurs qui ont un impact sur la traction de l’hélice sont les mêmes que ceux rencontrés dans la formule de la portance. Une densité d’air faible implique donc une traction plus faible, alors que le moteur a lui même déjà du mal à faire tourner cette hélice.

La faiblesse de la puissance du moteur et le faible rendement de l’hélice sont à prendre en compte impérativement. L’avion sera plus lent à accélérer, le taux de montée s’en retrouvera aussi diminué.

Température moteur

Une attention toute particulière doit être portée aux températures moteur (culasse et huile). En cas de surchauffe, faites un palier et diminuer la puissance. N’allez pas jouer avec les zones rouges.

Attention en descente au choc thermique : si votre moteur est chaud, descendez plus tôt avec un taux de descente plus faible, de façon à  garder de la puissance pour ne pas faire subir à votre moteur des changements de température violents qui pourraient l’endommager.

Le Vapor Lock

Vapor Lock, encore un anglicisme barbare qui pourrait se traduire par « bloquage par la vapeur ». On parle de vapeur de carburant.

Par temps chaud, le carburant s’évapore bien plus facilement. Ces vapeurs, si elles se créent dans le circuit de carburant de votre avion, peuvent conduire à un désamorçage et à l’extinction du moteur. S’il concerne surtout les moteurs à carburateurs, le risque ne disparait pas totalement sur les moteurs à injection.

La bulle de vapeur peut se coincer dans le coude d’une durite de carburant, ou bien directement dans le carburateur. Quand la cuve du carburateur se vide, il ne reste que du gaz, le moteur s’éteint.

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Vapor Lock – Crédit photo Bureau Enquêtes et Analyses

En vol de croisière, les vapor lock sont rares car le carburant frais refroidit les tuyaux. Le phénomène apparait donc le plus souvent au début du vol, voire même au sol. Le vapor lock peut compliquer sérieusement votre mise en route. Il peut aussi étouffer le moteur en montée initiale.

Ce qu’il faut faire :

  • Au sol : éviter de laisser l’avion en plein soleil trop longtemps.
  • La mise en route peut être compliquée si des vapor lock sont déjà présents. L’usage de la pompe électrique facilitera l’évacuation des vapeurs. Attention toutefois à ne pas noyer le moteur, phénomène favorisé par la forte chaleur qui induit un mélange trop riche
  • Après la mise en route, patientez ! Le vapor lock est dans les tuyaux, plus vous attendez, plus vous limitez le risque d’une extinction du moteur en vol. Si les vapeurs sont présentes dans les durites, il faut consommer du carburant au sol pour provoquer la panne au sol. Attendez au parking avec une puissance légèrement supérieure à la normale pour consommer plus (et le souffle d’hélice vous ventilera), puis ne roulez pas trop vite, puis peaufinez vos essais moteur. Tout cela vous permet de perdre un peu de temps.
  • Pendant votre briefing, comme d’habitude mais avec encore plus de conviction, envisagez la panne moteur au décollage, mettez vous en tête les actions à faire en fonction de quand la panne surviendra
  • Pendant le décollage, surveillez votre moteur. S’il donne des signes de fatigue pendant le roulage (bruits inhabituels, perte de puissance intermittente), interrompez le décollage et revenez au point d’arrêt, recommencez les essais moteur.
  • Après l’envol, gardez la pompe électrique sur ON un peu plus longtemps qu’à l’habitude.
  • Si votre moteur fait un malaise (perte de puissance, râtés), activez la pompe électrique et recherchez du regard une zone posable. Les symptômes peuvent disparaitre, ou pas, il faut être prêt !

Le pilote – Facteurs humains

On a donc vu que par temps chaud, l’avion subit une dégradation de ses performances. Il en est de même pour le pilote.

Les effets de la chaleur sur le pilote, mais aussi sur les passagers, sont les suivants :

  • Insolation
  • Déshydratation
  • Désordres intestinaux
  • Augmentation du stress et de la fatigue
  • Mal de l’air
  • Baisse de la pression sanguine

Insolation

Dans bon nombre de nos avions, vous êtes sous une bulle en plexiglas, une véritable tomate sous serre. La température peut être insupportable. L’insolation est une augmentation de la température du corps dû à l’apport de chaleur extérieure (contrairement à la fièvre). Les symptômes peuvent aller de maux te têtes en nausées, somnolence pouvant aller jusqu’à une véritable perte de connaissance.

Evitez de partir dans une cabine brulante, mieux vaut la ventiler avant. En vol aussi, ventilation au maximum des possibilités offertes par votre avion (nécessite une bonne connaissance de votre machine). Attention aux pièges, sur certains avions il est facile de se tromper et d’ouvrir le chauffage.

Enfin et surtout, le couvercle !! Faire le beau avec les raybans, c’est bien, mais voler en bonnes conditions de sécurité, c’est encore mieux, et tant pis pour le look. Donc quand le soleil tape, chapeau obligatoire. Il reste le débat entre casquette ou bob, je vous laisse vous faire votre opinion. Le bob n’est pas des plus glamour mais si les pilotes de planeur l’on adopté, c’est parce qu’ils sont particulièrement exposés sous leur grande verrière et la casquette limite votre visibilité vers le haut.

Déshydratation

La déshydratation peut toucher tout le monde, et pas seulement les petits vieux en maison de retraite. Les symptômes sont une bouche sèche, et assez rapidement une sensation de malaise pouvant aller jusqu’à la perte de connaissance. Mon épouse nous a fait une fois une perte de connaissance en vol à cause de la déshydratation, c’est très impressionnant, une expérience que je ne vous recommande pas !!! Buvez bien avant de partir, et emportez de l’eau assez fraiche. Buvez souvent, par petites quantités.

Certains additifs à ajouter dans l’eau permettent de mieux assimiler celle-ci et de compenser le sodium perdu dans la sueur. On en trouve en pharmacie. Vous pouvez aussi essayer des produits dédiés aux sportifs, comme les poudres ou cachets solubles isostar en vente dans tous vos magasins de sport mais également en supermarché au rayon diététique.

Évitez évidemment l’alcool, mais aussi le café et le thé qui favorisent la déshydratation. Enfin, ne mangez pas trop salé, le sel étant lui aussi facteur de déshydratation.

Mal de l’air

Le mal de l’air concerne surtout les passagers, mais peut aussi toucher le pilote. Afin de l’éviter, et aussi d’éviter les désordres intestinaux, je vous recommande de manger avant de partir, mais manger léger, des plats particulièrement digestes, peu salés et pauvres en graisses : crudités, féculents, etc.

En vol, la chaleur contribue fortement au mal de l’air, donc ventilez la cabine ! Occupez vous et occupez vos passagers. Faites les regarder dehors, mais interdisez leur de prendre des photos ou de lire, car ces deux activités accélèrent nettement l’apparition du mal de l’air.

 

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